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2022

Le point de vue d’un général vis à vis du HCR

Dans le cadre du MFGNU (Modèle Francophone Grenoblois des Nations unies), en tant que journalistes de l’équipe presse, nous avons eu l’honneur et la chance de pouvoir interviewer le général Jean-Philippe Lecouffe, actuellement en poste à Europol. L’entretien s’est déroulé le mardi 25 janvier 2022. Durant cette entrevue, nous avons eu l’occasion de lui poser plusieurs questions sur son rôle dans la structure Europol et quelques questions sur les problématiques du Haut Commissariat des Nations Unies de la conférence, à savoir  : “Démocratie et droit à l’asile, les réfugiés ont-ils leur mot à dire ?” et “Comment garantir une intégration durable des migrants dans leur pays d’accueil ?”

Presse : Bonjour, nous tenons tout d’abord à vous remercier pour le temps que vous nous accordez. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter puis, pouvez-vous présenter Europol ?

Général Lecouffe : Oui, je m’appelle Jean-Philippe Lecouffe, je suis général de corps d’armée de la gendarmerie nationale française, et j’ai rejoint il y a à peu près 9 mois Europol en qualité de directeur exécutif adjoint en charge des opérations de l’agence. 

Europol, en quelques mots, c’est l’Agence européenne de l’Union Européenne, qui est chargée de la coopération policière en Europe. Il s’agit d’appuyer l’action des Etats membres de l’Union Européenne, les 27 états membres, en matière de lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme et la cybercriminalité.  

Presse : Maintenant, nous souhaitons vous interroger sur la question migratoire dans le cadre du MFGNU. Nous voulions  savoir, dans un premier temps, ce que vous pensez des problématiques suivantes : Démocratie et droit à l’asile, les réfugiés ont-ils leur mot à dire ? et Comment garantir une intégration durable des migrants dans leur pays d’accueil ?

Général Lecouffe : Europol n’agit pas dans ce domaine. Son action va se centrer sur les filières des migrations, et en particulier dans le cadre de ce que l’on appelle la traite des êtres humains, ce qui est un crime. C’est ce que l’on appelle dans la presse : les réseaux de passeurs. Des gens qui souvent mettent en jeu la santé et la vie des migrants et qui leur extorquent de l’argent pour les faire passer d’un pays à un autre, les faire rentrer dans les différents pays avec régulièrement des drames que vous connaissez, avec des migrants qui sont victimes de ces passeurs que ce soit récemment dans la Manche, que ce soit dans des camions ou que ce soit sur les frontières de l’Est de l’Europe. L’action d’Europol vise donc à protéger les migrants contre cette exploitation, puisque ces réseaux criminels font énormément d’argent avec ce trafic d’êtres humains. Cela doit être combattu puisque cela est illégal et contraire aux valeurs que défend l’Union européenne, des valeurs de respect des droits de l’homme et de conformité aux lois et règlements.

Presse : Quels sont les moyens d’action d’Europol dans ce domaine ?

Général Lecouffe : C’est un des domaines de la criminalité qui est le plus en pointe. Pour Europol, c’est une préoccupation essentielle. En effet, Europol accueille un centre qui est chargé de cette problématique que l’on appelle “ European Migrant Smuggling Center” : centre européen de lutte contre les trafiquants de migrants. Nous luttons contre les gens qui exploitent ces migrants, qui les font payer, qui les mettent dans des situations dangereuses pour eux ou pour leurs proches. Le phénomène migratoire est un sujet important ; c’est un domaine de criminalité qui est une priorité puisqu’il s’agit de protéger la vie humaine, et protéger des gens qui sont exploités par leur désir de rejoindre un ou l’autre des pays.

Presse : Comment s’y prend Europol pour lutter contre les personnes qui vont à l’encontre des droits de l’homme ?

Général Lecouffe : Europol n’a pas de pouvoirs exécutifs, elle n’a pas le pouvoir d’arrêter des personnes. Europol appuie l’action des États membres, appuie l’action des forces de police ou de gendarmerie des différents États membres, en faisant de l’analyse des données qui leur sont envoyées par les États membres. On identifie les points communs dans les enquêtes de différents pays, et on va mettre en contact les États membres pour qu’ils agissent en commun, pour être plus efficaces sur tout le phénomène. Donc Europol rassemble des informations, fait des analyses et les transmet aux États membres en leur donnant une image européenne des réseaux criminels. 

Presse : Une question plus personnelle, dans votre carrière avez-vous été confronté à la question migratoire d’une manière ou d’une autre ?

Général Lecouffe : Oui bien sûr cela m’est arrivé. Puisque j’ai récemment eu une réunion sur cette question pour lutter contre ces réseaux qui amènent des migrants sur les côtes de la Manche. Donc on lutte contre les gens qui font de l’argent sur le dos des migrants.

Presse : Selon vous, quels vont être les défis que les différents pays européens vont devoir relever face à ce phénomène ?

Général Lecouffe : Les défis sont énormes, ils sont politiques par exemple. Mais si ces défis pouvaient être résolus simplement je pense que cela serait déjà fait. On touche à des questions d’équilibre Nord-Sud, de pauvreté dans les pays d’origine, d’attractivité de certains pays européens, de questions climatiques mais aussi de questions que l’on traite plus particulièrement en lien avec des activités criminelles qui enrichissent ceux qui les pratiquent. Les défis sont donc nombreux, et il ne peut pas y avoir de solutions simples pour des défis aussi compliqués qui, par ailleurs, touchent de manière très large à tous les secteurs de l’activité politique.

Presse : Comment, dans ce cadre, peut-on faire respecter nos principes démocratiques ?

Général Lecouffe : Je pense qu’on les respecte en protégeant les migrants, mais aussi en respectant les lois et en les faisant voter par les représentants. Donc oui, on s’attache à protéger les droits de ces personnes en luttant contre ces trafics. La démocratie ce n’est pas la loi du plus fort. Donc oui, on respecte nos principes démocratiques mais c’est sur le terrain politique que ce débat doit avoir lieu et il doit être tranché et affiné par les citoyens ou leur représentant. 

Presse : Travaillez-vous en coopération avec des organisations extra-européennes ? 

Général Lecouffe : Oui nous travaillons avec beaucoup d’organisations : avec FONTEX qui est l’agence des frontières européenne, on travaille aussi avec l’agence qui s’occupe de l’asile et des réfugiés EASZO mais aussi avec Interpol, et avec l’office international des migrations. On travaille avec tous ceux qui peuvent nous apporter des informations, qui vont nous aider à lutter contre les personnes qui enfreignent les lois et qui font de l’argent en exploitant les migrants. 

Presse : Merci beaucoup pour cet entretien, merci d’avoir pris du temps pour répondre à nos questions, à bientôt peut-être pour une future conférence MFGNU ! 

Louna Rabotin–Prestaux Alyson Meka Meka

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